Impressions du fond des bois

19 août 2017

Un criquet en haut lieu : Le Miramelle des Moraines

Au cœur de l’été, ils sautent par dizaines devant nous sur les chemins et les pelouses de l’étage alpin. Ils sont si nombreux qu’on n’y porte en général pas attention.

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On a bien tort, d’abord parce qu’ils sont beaux, ensuite parce qu’on leur doit le respect. Nous ne faisons que passer, eux restent là toute l’année. Relique des dernières glaciations du quaternaire, ces insectes orophiles se sont adaptés à l’altitude et au bien court été. L’évolution leur a fait perdre les ailes de leurs cousins rencontrés plus bas, peu utiles sur les sommets ventés.

Ce sont des Orthoptères marcheurs (!) Podisma pedestris pedestris (Linnaeus, 1758), "Criquet pédestre" ou plus poétique "Miramelle des moraines".

Dans son élément au milieu de la rase pelouse alpine qui le nourrit, on les retrouvent fréquemment au beau milieu du chemin ou sur les rochers comme celui-ci. Ils profitent là de la douce chaleur emmagasinée dans la roche, appréciable à cette altitude.

Le soir venu, ils vont s’enfoncer sous les rochers pour retrouver une température constante et supportable, à l’abri du froid de la nuit.

Deux mois et demi pour se nourrir et se reproduire puis 9 à 10 mois sous la neige ! Chapeau non ?

 

Jeudi 3 août 2017, massif des Grandes Rousses, moraine  de la perte Tournant, 2500m

Ps: Ici il doit s’agir d’un mâle, plus coloré que la femelle

Pas évident de différencier Podisma pedestris pedestris de Miramella alpina, j'espère ne pas me tromper. N'hésitez pas à m'écrire si vous en savez plus! Merci.

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14 août 2017

Paysage des Grandes Rousses, les lacs Bramant et le refuge de l'Etendard

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Au-dessus du refuge de l'Etendard, le somptueux vallon glaciaire des lacs Bramant: Le Grand Lac au premier plan, le lac Blanc en arrière. Au fond, le glacier de Saint Sorlin et le sommet du Grand Sauvage (3217m). Au pied du barrage, le refuge.

Sur la droite, la roche (du micaschiste) est encore à nue, usée par une branche du glacier jusqu'à une période relativement récente (estimée au XVIIIème siècle par M. Gidon), la végétation n'a pas encore réussi à la coloniser (voir la fiche de Géolalp ici)..

Jeudi 3 août 2017, massif des Grandes Rousses, lacs Bramant, refuge de l'Etendard, 2430m.

Ps: les tartes aux myrtilles ou café/noix testées ce jour-là au refuge sont délicieuses. Visite indispensable...

 

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13 août 2017

Traquet Motteux et Rougequeue à l'étage alpin

Deux passereaux que l'on aperçoit bien souvent sur les chemins d'altitude, mais qui ne tiennent pas en place et ne se laissent que rarement admirer de près. Les voici saisis dans leur environnement de l'étage alpin.

D'abord un Traquet Motteux femelle, aux couleurs bien plus discrètes que le mâle, aperçut aussi ce jour-là mais qui n'a pas souhaité poser pour "zacdanslesbois", ce que je comprends très bien. Il y a fort à parier que madame se montre pour attirer l'attention et écarter l'intrus de son nid ou de ses jeunes qui doivent être un peu plus loin dans l'herbe. Dans ce cas pas question de l'approcher sous peine de se voir houspiller et insulter à grand cri, car madame est courageuse. Ce serait surtout une débauche d'énergie inutile pour elle qu'il est facile, pour nous autres intrus bipèdes, de lui éviter par un petit détour, le cas échéant. 

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Ensuite, le Rougequeue noir qui est bien chez lui en montagne. Si on le rencontre dans nos jardins, il est originaire des régions escarpées et se plait dans les éboulis, zones rocheuses et autres falaises. Il peut nicher jusqu'à 2 600 mètres d'altitude nous dit B. Fischesser (*).

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Sympas ces petits passereaux qui offrent une distraction au marcheur curieux lors des longues montées vers l'Alpe. A l'automne, les insectes dont ils se nourrissent disparus, ils migreront vers des contrées plus hospitalières, l'Afrique pour le traquet, nos jardins de vallées ou le sud pour le rougequeue.

 

Jeudi 3 août 2017, massif des Grandes Rousses, lacs Bramant, 2500m

(*) La vie de la montagne, Bernard Fischesser, Editions de la Martinière

 

 

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06 août 2017

Les lacs Robert, des pics et des peintres

Les lacs Robert, dans le massif de Belledonne sont depuis bien longtemps visités par les grenoblois. Normal, pas très loin (enfin aujourd'hui), pas trop dur (mas il faut quand même le être équipé) et magnifique, cet écrin de pics offre aux lacs un panorama dramatique et sauvage, de nature à combler les rêveurs, les romantiques, voire même les sportifs… Les deux premières catégories oublieront aisément la remontée mécanique de la station de Chamrousse dont le nouveau slogan commercial « Mountain Park » résume la philosophie…(*)

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Ce paysage, les peintres dauphinois de XIX° siècle l'ont aussi trouvé beau. A l'époque, point de route pour monter à Chamrousse. Il fallait marcher depuis Uriage, soit via la cascade de l'Oursière, soit par Roche Béranger et le chalet du père Tasse (de 1863 à 1885). Une expédition !

Sans être bien sûr exhaustif, en voici trois illustres exemples.

En 1835 parait l'album du Dauphiné. Victor Cassien (1808-1893), jeune dessinateur signe cette gravure illustrant les lacs Robert.

Lac Robert-Album du dauphiné1m

Sur la monographie consacré à cet ouvrage sur l’indispensable site "La bibliothèque Dauphinoise", M Barféty relève "Dans le catalogue Perrin, commentaire sur les dessins de V. Cassien ... "... l'auteur put – chose permise – faire quelques pas à côté du sentier, souvent un peu aride, de la réalité...".

Oui, c'est certain ! Combien de lecteurs ont pu se faire une idée erronée de la montagne par une telle représentation, magnifique mais inquiétante... On est encore loin à cette époque de l'arrivée des « touristes » et du développement des clubs de montagne (création du CAF en 1874, de la STD en 1875).

Quelques années plus tard, la montagne jusqu’alors réservée aux bergers et aux chasseurs, s’ouvre aux « touristes », des visiteurs qui font l’effort de grimper sans autre but que de profiter du paysage… L'abbé Guétal (1841-1892) est un des premiers à peindre en montagne sur le motif après de longues heures d’effort. Il rapportera des lacs Robert ce beau paysage (trouvé ici).

Abbé Guétal_Lac Robert

Lui aussi fut un adepte de l’auberge du Père Tasse et signera en 1891 la couverture du livre d’Henri Vincent « Les vingt-deux années du père Tasse ». On y lit p. 182 :

« Une semaine à Roche-Béranger, c’est un plaisir que je souhaite à mon meilleur ami. »
L. Guétal, 17 août 1885

Enfin pour finir, Charles Bertier (1860-1924), élève de Guétal, puis grand maître de la représentation de la montagne, peint ce beau détail du site: « Entre deux pluies, lac Robert, Champrousse », peinture que je n'ai trouvé que dans la « bible » de M. Wantellet "Deux siècles et plus de peinture Dauphinoise".

Charles Bertier -2 siecles de peinture dauphinoise M

On y voit le massif des Vans avec au premier plan ces beaux piliers de gabbros qui font aujourd’hui la joie des grimpeurs.

Il y aurait tant à raconter sur ces lacs. En bon grenoblois, on y reviendra, c’est sûr !

 

Dimanche 23 juillet 2017, Belledonne, lacs Robert

 

(*) Vite, il est temps d’adhérer à Mountain Wilderness

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04 août 2017

Mais où vont les eaux de la grotte de la Cheminée ?

La géologie du Vercors est fascinante. Difficile de s'imaginer les forces qui ont pu façonner ces falaises et ces gouffres ? On a beau savoir que l'eau ne reste pas en surface, s'infiltre, et dissous la roche calcaire... Je me demande toujours, devant un tel spectacle, à quoi pouvait bien ressembler la région lorsque, par exemple, un torrent tumultueux parcourait la grotte de la cheminée ? Un héritage des glaciers du quaternaire ?

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On ne le saura sans doute jamais, mais le massif fait la joie des géologues et des spéléologues qui font progresser petit à petit la science.

La grotte de la cheminée est aujourd’hui mise en avant par le Parc Naturel du Vercors pour sa facilité d'accès, mais méfiance, un bon équipement est nécessaire et la grotte est raide et glissante, des blocs sont peu stables. Chute fortement déconseillée!

Peu d'information sur cette grotte, outre son porche troué par une belle cheminée, ses (petites) concrétions et son lac temporaire vers -90m. Sécheresse et canicule du moment oblige, le lac était à sec cette fin juillet.

En cherchant un peu on s'aperçoit que la grotte est située sur une faille orientée Est-Ouest qui traverse la prairie d'Herbouilly, un peu au Nord de la faille de Carette. Elle se trouve juste à la limite de partage des eaux entre la Bourne et la Vernaison comme le signale André Bourgin dans "La Bourne et ses affluents souterrains - Revue de géographie alpine, 1941, vol 29 " (voir p 88).

Alors, les eaux de ce petit gouffre, partent elles vers la Vernaison ou vers Goule Blanche, dans les gorges de la Bourne ? Je n'ai pas trouvé cette info ! Ci-dessous un schéma d’A.Bourgin qui explique assez bien l'hydrogéologie de cette région du Vercors.

Bourgin 1941_schema Vernaison Bourne

Ci-dessous, un extrait de la Carte hydrogéologique du Vercors - PNRV. Au centre la plaine d'Herbouilly et la faille sur laquelle se trouve la grotte de la cheminée.

Carte hydrogeol Vercors_zoom_Herbouilly

Passionnant tout ça ?

 

Lundi 31 juillet 2017, grotte de la Cheminée, Vercors

Ps : Si vous notez une erreur, très possible vu mes connaissances limitées , ou si vous en savez plus, n’hésitez pas à me laisser un message. Merci.

Ps2 : Visite bien sympa, mais ne sous-estimez pas la grotte, bonnes chaussures, casque, éclairage adapté + éclairage de secours et prudence sont indispensables. Ne partez pas seul.

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02 août 2017

La grotte, curieuse, jette un œil sur la forêt

La grotte, curieuse, jette un œil sur la forêt.

Aie, j'ai un homme dans l'œil s'écrit-elle !

En versant une larme de pierres.

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Lundi 31 juillet 2017, Vercors, Grotte de la Cheminée

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30 juillet 2017

Chamois des bois

Passé un moment au milieu des chamois des bois ce matin.  Ces chamois-là ne montent pas en altitude, ils sont ici chez eux au cœur des forêts des pentes abruptes du Vercors.

Assis immobile et silencieux au bord d’un chemin caché, les bêtes se devinent plus que se montrent. Par endroit une odeur âpre, là le murmure de feuilles froissées, d’un caillou qui roule. Des ombres qui passent derrière les broussailles et les feuillus. L’humus en garde la mémoire. Là-haut à mi-falaise un spectre qui glisse. Entre deux branches, un jarret se laisse voir une fraction de seconde, presque sans bruit. Ai-je bien vu ? Etait-ce un chamois ? Mystère.

Sans-doute, peut-être, qu’importe… Forcément oui, un chamois. Un peu plus tard, il (ou ils ?) est  là, un peu plus loin derrière un ressaut, masqué par la forêt. J’entends sans voir. Un peu au-dessus aussi,  quelque chose bouge. Aller à leur rencontre, les faire fuir à coup sûr. Pas besoin. Ont voit aussi bien avec les oreilles et un peu d'imagination.

Et puis celle-ci (c’est une dame) vient à ma rencontre dans un léger bruissement de feuilles.

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Chance. Pouvoir partager ce moment avec elle.

Elle est partiellement masquée par les branches.  J’ose une photo, elle tourne la tête intriguée par le bruit. Une autre image, ce sera tout. Les chamois ont une mauvaise vue, resté totalement immobile et à bon vent, elle ne m’identifie pas, repart tranquillement, happée par les fourrés.

Comme d’habitude, le temps passe. Homme, il me faut partir, les laisser, redescendre dans la chaleur de la ville et retrouver notre folle course vers l’abime. Souvent, quand le rythme de la ville pèse, je pense à eux, là-haut, au fond des bois.

 

Samedi 29 juillet 2017, Barrière Est du Vercors, 10h18, 900m environ.

 

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24 juillet 2017

Sempervivum montanum, une éternelle dans les fissures de la roche

Joubarbe des montagnes sur fond de serpentinite des lacs Robert.

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Plante de montagne robuste et discrète, la joubarbe (Sempervivum montanum) offre ses belles couleurs à qui veut bien se pencher. Plante rupicole, elle pousse aussi bien dans les éboulis, les falaises ou les plateaux rocailleux, pourvu que la roche soit siliceuse. Son exposition au vent dicte sa taille. Naine sur un plateau venté, elle peut atteindre une belle taille dans un vallon abrité.

Son nom scientifique : Sempervivum. Semper = toujours  vivum = en vie. Eternelle en somme, pas étonnant qu'on la trouve dans les endroits les plus inhospitaliers et qu'elle résiste aux durs et longs hivers d’altitude !

Elle fait aussi partie de l'ordre des Saxifragales, les saxifrages (du latin saxum, le rocher et frangere, briser), elle aime pousser dans les fissures de la roche.

Incroyable et belle joubarbe !

Dimanche 23 juillet 2017, Lacs Robert, 2000 m, Belledonne

 

 

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16 juillet 2017

« Alors là Auguste, c'est le bouquet ! » ou un soir de 14 juillet à Grenoble

« Alors là Auguste, c'est le bouquet ! »

C'est une exclamation que j'imagine bien Marie Dormoy lancer à Auguste Perret si, de là où ils sont, ils peuvent regarder le feu d'artifice du 14 juillet grenoblois. Depuis quelques années, c'est en effet du pied de la célèbre tour du parc Mistral qu'est fêtée la prise de la Bastille, notre Bastille dauphinoise étant désormais jugée trop risquée pour ce genre d'exercice pyrotechnique.

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La tour Perret a  donc été construite par Auguste Perret, architecte et entrepreneur, pour l'exposition internationale de la houille blanche et du tourisme de 1925. C'est Marie Dormoy, critique d'art et fervente admiratrice (voir le site d'Olivier Plat pour le côté romanesque), qui est à l'origine de la venue à Grenoble de l'architecte, puis quelques années plus tard de l'obtention par Perret du projet de tour d'observation des montagnes dauphinoises dans le cadre de l'exposition.

Un seul programme: "Aller haut" (1).

Première mondiale pour une tour en béton armé de cette hauteur, elle s'élève à 95m au-dessus du sol pour un diamètre de 9m seulement à sa base. Construite en une année et conçue pour la durée de l'exposition seulement, elle est aujourd'hui, 87 ans plus tard, mal en point, mais toujours debout. Un projet de rénovation est sur le point d'aboutir.

Auguste Perret est un des pionniers de la technique du béton armé. Durant sa longue carrière il aura construit un nombre impressionnant de bâtiments remarquables et formé et influencé bon nombre d'ingénieurs et d'architectes, comme Pierre Dalloz, urbaniste qui a travaillé auprès de lui quelques années (Perret pourrait donc être pour quelque chose dans la silhouette effilée du tremplin olympique de Saint-Nizier...).

Vingt-cinq ans plus tard, Perret et son équipe reconstruiront Le Havre, ville rasée par les bombardements de 1944. Après Grenoble, puis Amiens, une nouvelle tour en béton armé, un clocher cette fois, verra le jour. Un de ses chefs d'œuvre dit-on. A suivre...

 

Grenoble, 14 juillet 2017

(1) Exposition du musée dauphinois "Grenoble 1925 - La grande mutation"2015-2016

Voir aussi ici La houille blanche et Aristide Bergès

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09 juillet 2017

Perchoir d'alpage pour Pipit Spioncelle

Ce petit épicéa mort couvert de lichen, qui se détachait sur l'alpage situé en contre bas, me plaisait bien. Simple et graphique. Mais il manquait quelque chose.

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Le hasard a voulu que ce pipit spioncelle (Anthus spinoletta), le bec bien chargé, choisisse cet instant pour se poser sur ce bout de branche.

Un habitué, sans nul doute !

Après un moment d'observation et quelques hochements de queue, il (ou elle?) a plongé dans un buisson voisin pour nourrir ses petits.

Je l’ai laissé tranquille en poursuivant ma descente, sourire aux lèvres !

 

Chartreuse, le 11 juin 2017, 1800m, 10h00

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