Les sommets calcaires de Chartreuse (urgoniens, tithoniques ou calcaires du Fontanil) sont souvent fondés sur des roches tendres et friables : les marnes (voir ici la stratigraphie de la Chartreuse). En de nombreux endroits, l'érosion à mis à nu, en d'impressionnants vallons, les marnes de Narbonne (du nom du vallon de Narbonne près de Grenoble, merci M. Gidon pour les explications). Ces vallons, "ruines" minérales inaccessibles et menaçantes, sont pourtant appréciés des chamois, qui y trouvent un lieu de vie, à l'abri des prédateurs, mais aussi une source de sels minéraux indispensable à leur équilibre physiologique (comme pour tous mammifères).  

Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai toujours aimé cet univers minéral. Finalement, je devrais peut-être renommer ce blog ou l'on trouve plus de roc que de bois...

16_04_15_DSC_7791rmPetit jeu : il faut trouver « Charly le chamois » sur l'image ci-dessus, caché entre les strates de marnes gris-bleuté et le calcaire du Fontanil couleur ocre! (cliquez sur les images pour les agrandir)

Après deux bonnes heures à regarder de loin deux petites hardes dans ce vallon que je découvrais pour la première fois, j'avais fini par continuer ma balade quand des chutes de pierres m'ont fait lever la tête. Un chamois que je n'avais pas remarqué, sorti de je ne sais où, dévalait d'un air décidé la falaise en face de laquelle je me trouvais quelques minutes plus tôt.

Impressionnant équilibriste, confiant en ses capacités ! Un spectacle toujours étonnant (comme également ce jour-là, les courses poursuites que ses congénères m'ont laissé voir, message à venir... peut-être...). L'occasion aussi de montrer ces belles strates de sédiments qui constituent les marnes, paysages graphiques et passionnants (enfin je trouve...!).

16_04_15_DSC_7925mIl s'agissait d'un mâle solitaire, et il s'est rendu directement en pied de falaise, à un endroit où l'eau suinte de la roche, roche qu'il s'est mis à lécher avidement. Cela m'a permis de remonter un peu le chemin et de me poster à bon vent pour l'observer... à plat ventre sur les marnes (ben oui, il faut faire quelques efforts quand même). Il s'agit d'une saline naturelle dont les ruminants ont un besoin vital. Un peu plus tôt, j'avais pu voir au loin deux chamois faire de même sur une autre falaise. La présence de ces sources de sels minéraux dans les marnes explique sans doute les nombreux individus aperçus ici, un petit paradis à chamois.

16_04_15_DSC_7944rmDans « La vie de la montagne » Bernard Fischesser précise ceci :

« Le chamois est très sobre et boit rarement ; il se contente de lécher les névés et la rosée qui imprègne des herbes le matin. En revanche, il a un réel besoin de sel et fréquente régulièrement les salines : sa bonne santé en dépend. Au printemps, en été, par temps chaud, il lui faut encore plus de sel pour lutter contre les carences en minéraux de son alimentation herbacée. Chaque jour il se rend à quelque saline naturelle, source salée ou émanation de salpêtre, qu’il lèche avec avidité. »

Quelques attitudes sympas ci-dessous. Je n'ai pas cherché à approcher plus, cela aurait sans doute provoqué sa fuite. Les photos sont plus ou moins recadrées mais quelle satisfaction de s'éclipser, après plus de vingt minutes passées à l'observer, sans inquiéter l'animal qui a pu tranquillement continuer à se recharger en sels minéraux.

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Moment rarement mis en avant dans la vie du chamois, c'est encore un heureux concours de circonstances qui m'aura offert la chance de trouver cette saline naturelle et de pouvoir partager ces instants avec les chamois de Chartreuse (Rupicapra rupicapra cartusiana).

 

Chartreuse, vendredi 15 avril 2016  9h30-11h45, foehn.

Ps : Sur la première image, Charly se cache sur l’arête en bas à droite