Et bien voilà, nous sommes de retour d'un séjour dans les Abruzzes. Partis sans trop savoir ce qui nous attendais, le moins que l'on puisse dire, c'est que nous avons été ... éblouis, éberlués, bluffés, étonnés, ravis... que dire...! Il faut avouer que l'on s'est pour une fois laissé guider et que la logistique était parfaite, la vie de château et un maximum de temps dans la nature... le rêve !

Alors, pour ceux qui n'avaient pas la chance d'être là :

La région italienne des Abruzzes est située entre Rome et l’Adriatique. Elle est célèbre pour ces parcs naturels et malheureusement pour ses tremblements de terre qui l’ont cruellement fait surgir en titre des journaux, le 24 aout dernier.

Le parc naturel national des Abruzzes (Parco Nazionale d'Abruzzo Lazio e Molise) se trouve au sud de la région de l’Aquila et d’Amatrice et se rapproche fort, pour la faune sauvage, à ce qu’on attend d’un petit paradis.

Ici l’homme a toujours côtoyé les prédateurs, loup des Apennins et ours brun marsicain. Le parc, créé en 1922 et qui a vécu un parcours chaotique (voir ici une synthèse sympa de son histoire), a permis de sauver ces prédateurs emblématiques, ainsi que le chamois des Abruzzes. C’est à priori à partir de là que les loups, intégralement protégés en 1973, ont repris leur conquête de la péninsule, puis des massifs français, via dans l'ordre, le Mercantour et les Alpes.

DSC_5125_rmCliquez sur les images pour les agrandir!

Ci-dessus un jeune loup (Canis lupus italicus) aperçu (de loin et pas longtemps, mais ça ne laisse pas indifférent) en bordure d’un pâturage, après 5 heures d’affût !

 

Dans le parc également, les cerfs. Réintroduits dans les années 70, ils ne sont pas chassés, (chasse totalement suspendue sur l’ensemble du parc en 1988) ce qui se traduit aujourd’hui par une étonnante densité sur l’ensemble du massif.

DSC_4543rmEn ce début d'automne où les mâles rejoignent (en venant parfois de très loin) les femelles pour le brame, les hardes sont visibles aux jumelles depuis la vallée sur bon nombre de crêtes. DSC_4114_stitch2Bien ou mal cette abondance, notamment pour la forêt, je ne saurais en juger (c’est vraiment étonnant, sujet à approfondir quand on voit la politique de l'ONF en France vis à vis du cerf!). Mais de ce fait, la période du brame est vraiment exceptionnelle.

Encore faut-il être au bon endroit au bon moment. Pour cela, l’expérience et la passion d’un guide hors pair n’a pas d’égal, merci donc à Thierry Dacko, accompagnateur en montagne et organisateur de notre séjour, de nous avoir fait partager ses connaissances, et d’avoir su nous permettre, si souvent, d’être au bon endroit, au bon moment, et ce dans un super esprit (discrétion et respect) !

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Le parc national est essentiellement montagneux, le massif calcaire comprend un ensemble de vallées autour de 1000m d’altitude et de sommets tournant autour de 2200 m d’altitude (parfois un air de sud Vercors...). Une partie de sa surface est interdite d’accès pour le public, zones de protections intégrales, réservées à la faune sauvage et aux scientifiques. D’autres sont d’accès limités lors des périodes touristiques.

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Partout, les troupeaux bovins ou ovins côtoient les hardes de cerfs, les nombreux sangliers, les loups et les ours. Ci-dessus une vallée d’altitude, entre 1900 et 2200m environ.

DSC_4811Comme chaque année à mi-septembre, le son du brame rythme la vie, depuis les villages jusqu’aux sommets, et ce, une bonne partie de la journée et de la nuit ! Alors il n’est pas rare de croiser une harde de biches et fatalement quelques cerfs passablement excités, ici ou là.

DSC_4788rmMais c’est en montagne que l’ambiance est carrément exceptionnelle, des hardes magnifiques et les cerfs qui rivalisent pour garder ou acquérir leur suprématie et le droit de se reproduire. Pour le coup, la sélection naturelle fonctionne à plein !

DSC_4975Ben oui, comme ça, on comprend que ça vaut le coup d’essayer de devenir khalife à la place du khalife. Ça fait une belle famille tout ça !

Alors on vient défier le titulaire.

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Cette fois-là ce ne sera qu’une phase d’intimidation.

Le plus souvent ces messieurs cassent les oreilles aux biches en hurlant à tue-tête, biches qui préfèrent prendre leurs distances (enfin c’est comme ça que j'interprète l'image ci-dessous, mais tout ça n’a rien de scientifique…).

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Le loup, lui, n’en manque pas une miette. Il écoute, guette le faux pas d’un cerf chutant d’une falaise en combattant ou se faisant transpercer par l’andouiller de massacre de son adversaire (des carcasses de cerfs qui seront observées visitées par des loups la semaine suivante par les copains restés là-bas (!), au prix de très longs affuts, voir une magnifique vidéo de Didier Cottereau ici).

Bon ok, sur la photo ci-après on l’a vu de loin Canis lupus, mais quand même, en pleine montagne, c’est une belle observation (merci à Laurent qui a l’œil). L’occasion de se rendre compte de sa rapidité de déplacement (ici au pas) et de son mimétisme.

Nous avons vu celui-là, combien nous ont vu ?

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De leur côté, les jeunes cerfs attendent leur heure (où attendent que le mâle dominant ait le dos tourné...).

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Pour se faire entendre, certains prennent de la hauteur, jusqu’à jouer avec les nuages...

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Ou se placent sur une crête (ici aux chaudes couleurs du levant).

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Et puis de temps en temps, une biche est bien disposée, le cerf le sait, alors il en profite. Il a peu de temps pour féconder le plus possible de biches durant leur période de réceptivité.

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Alors que quelque part ailleurs, c’est reparti. Un bruit de branches qui se cognent, un combat. Surpris, un faon détale, faut pas traîner par-là !

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Un peu plus loin, un autre combat, encore. Pas moins de 14 mâles comptés dans le même secteur d'altitude. Forcément, ça se bagarre !

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Pas facile pour les faons nés tardivement. Les mâles poursuivent tout de même les femelles suitées.

DSC_4236_stitch_mAprès cette photo, le faon partira de son côté la biche de l’autre pour échapper au cerf surexcité. Ils ont dû se retrouver un peu plus loin on l’espère. Un faon si jeune pourra-t-il résister à l’hiver et aux prédateurs ? (Voir ici une étonnante vidéo de Pietro Santucci, guide à Civitella Alfedena).

Le brame et l’excitation des hardes se manifestent par phases dans la journée. Après un moment de folie, les animaux se font plus discrets, se retirent dans la forêt. Le calme et le silence reviennent pour un temps dans la montagne. Chacun reprend des forces, avant de remettre ça un peu plus tard.

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De très grands moments partagés durant toute cette semaine sur les sommets des Abruzzes. On comprend pourquoi, beaucoup de passionnés reviennent ici chaque année.

 

Parc National des Abruzzes, du 18 au 23 septembre 2016

A suivre !

Merci à toute l’équipe, Thierry, Laurent, Didier, Morgan, Christelle, et aux passionnés rencontrés sur place, Vincent, Éric, Alain, Sophie, Fabien, Jean, pour ces moments partagés.

Le site de Thierry Dacko est rappelé ici , pour un séjour intense et sportif mais ô combien riche et passionnant.