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"Si, dès mes premiers pas dans la montagne, j’avais éprouvé un sentiment de joie, c’est que j’étais entré dans la solitude et que des rochers, des forêts, tout un monde nouveau se dressait entre moi et le passé ; mais un beau jour, je compris qu’une nouvelle passion s’état glissée dans mon âme. J’aimais la montagne pour elle-même. J’aimais sa face calme et superbe éclairée par le soleil quand nous étions déjà dans l’ombre ; j’aimais ses fortes épaules chargées de glaces aux reflets d’azur, ses flancs où les pâturages alternent avec les forêts et les éboulis ; ses racines puissantes s’étalant au loin comme celles d’un arbre immense, et toutes séparées par des vallons avec leurs rivelets, leurs cascades , leurs lacs et leurs prairies ; j’aimais tout de la montagne, jusqu’à la mousse jaune ou verte qui croit sur le rocher, jusqu’à la pierre qui brille au milieu du gazon."

Histoire d’une Montagne, Elisée Reclus, Hetzel, 1880 (extrait p23, édition Infolio 2011, ou p5 sur Gallica).

 

 

C'est un des sommets de la chaine de Belledonne. Selon l'angle de vue, il offre un profil bien différent. Depuis Grenoble c'est une montagne toute en rondeur, comme le dos d'un animal couché. Depuis l'alpage situé à son pied, c'est une belle pyramide. L'idée qu'on se fait d'une montagne, relayée par Elisée Reclus : "Des plus hauts pâturages, on aperçoit la grande cime, dressée comme une pyramide aux gradins inégaux..." (p19 sur Gallica).

C'est l'image ci-dessus qui m'a rappelé ce livre, qui, avec le temps, s'était caché au fond de la bibliothèque.

Un endroit extraordinaire, une double montagne en fait. La montagne et son sommet, à un peu plus de 2500m d’altitude d'un côté, l'alpage, que l'on appelle ici "la montagne" de l'autre, habité l'été depuis bien longtemps, entre 1800 et 2000m d'altitude. Courageux d'estiver ici, pas de piste, on y monte à pied. Un étroit chemin, raide, seulement, que les éleveurs sont en train d'aménager petit à petit (une piste pour quad monte désormais à mi-pente). Pour nous, un endroit de rêve où l’on vient passer un bon moment, pour le berger et les éleveurs, un rude outil de travail. Bientôt, les cloches des bêtes raisonneront dans l'amphithéâtre des sommets alentours. Mais pour l'instant, c'est le chant des tétras-lyres qui domine à la sortie de la forêt. La période de parade est passée, mais les coqs chantent toujours. Aperçu depuis le chemin, celui-ci a adouci la rude montée, faite heureusement à "la fraiche".

17_05_26_DSC_3653rm2Un peu plus tard, les chants des coqs se tarissent, et quelques oiseaux passent en trombe et silencieusement en-dessous de moi. Ici une poule, avec son subtil plumage, bien plus discret et méconnu que celui du mâle. 

17_05_26_DSC_3660rm2Un autre chant se fait entendre çà et là, celui du merle à plastron. Celui-ci, sans doute curieux, est venu me voir. A bonne distance toutefois, ce qui me semble raisonnable de sa part. Nous étions à un peu plus de 2000m d'altitude, le soleil venait de passer la crête qui nous dominait.

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La température montant sous l’effet du soleil matinal, pipits spioncelles et alouettes lulu se sont ensuite chargés des cœurs...

Un matin ordinaire sur la montagne, une toute petit histoire, mais des instants magnifiques, d'autant que deux éterles ont ensuite bien voulues m'offrir un beau spectacle... A suivre...

 

Vendredi 26 mai 2017, Belledonne, entre 6h40 et 8h30

 

Ps: comme Elisée Reclus (la comparaison s'arrête là, hélas...), je ne nomme pas cette montagne qui peut être ici ou ailleurs, qu'importe. Quelques connaisseurs la reconnaîtront sans doute (c'est le jeu). Si vous voulez savoir, écrivez-moi :).