L'envers de Belledonne pour les Grenoblois, c'est sa face tournée vers l'Est, celle qu'on ne voit pas. On pourra opposer que pour les habitants de la Vallée de la Romanche c’est l'inverse, ce qui n'est pas faux.

Mais ce qui est certain, c'est que le versant oriental du massif est nettement plus raide, aride et sauvage et de ce fait est protégé de nos méfaits humains de masse, ce qui est en soit remarquable.

 Point de vue vers le Nord depuis les crêtes qui dominent la vallée glaciaire de la Romanche,  de gauche à droite :

La Botte (2248m), Le Grand Van (2448m), le Petit Van (2439m), la Grande Lance d'Allemont (2842m) qui domine la face rocheuse du Pic de l'Homme (2400m), Le Pic de la Fare (2138m) et enfin la vallée de l'Eau d'Olle et le massif des Grandes-Rousses. On devine au pied du Pic de la Fare le début du cirque de la Petite Vaudaine.

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Le soleil de l'après-midi a encore ramolli la neige, le silence de la montagne est rompu de temps à autre par le sourd gémissement des avalanches qui glissent au fond des nombreux et raides couloirs qui sillonnent le versant abrupte...

Samedi 7 avril 2018, Belledonne, 1940 m

 

Ps: Voilà comment Suzanne Ténot décrivait le versant Est du massif en 1919 dans un article bien intéressant de la Revue de Géographie Alpine, heureusement mis en ligne sur Persée :

« Le versant oriental du massif de Belledonne offre à la vie des conditions bien différentes : tourné vers l'Oisans dont il constitue le rebord occidental, il participe déjà aux caractères de cette région. Depuis le Pas de la Coche jusqu'aux pentes qui dominent Vizille, c'est le flanc extrêmement raide d'une vallée en auge polie par les glaces et à peine écorché de ravins peu profonds où descendent des torrents.

L'action glaciaire n'a pas eu pour effet d'adoucir sensiblement les formes du modelé et les pontes, qui restent partout extrêmement fortes, sont la cause principale de l'âpreté du paysage. Les qualités du sol s'en trouvent considérablement amoindries: les bonnes terres sont localisées aux rares endroits où l'accumulation glaciaire a pu subsister. Mais, dans la majeure partie, la couche arable est de peu d'épaisseur et les glissements de terrains, qui sont fréquents, mettent à nu le rocher. Le climat, par ses étés plus chauds et plus secs, rend nécessaire l'irrigation dans les cultures et imprime à la végétation un caractère moins septentrional. Ainsi, aux humides vallées de l'Ouest s'opposent les pentes plus sèches et moins riantes de l'Est. »

 

Ténot  Suzanne. Le massif de Belledonne. Etude de géographie humaine. In: Recueil des travaux de l'institut de géographie alpine. 1919, Tome 7 N°4. pp. 601-689.
doi : 10.3406/rga.1919.4760
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0249-6178_1919_num_7_4_4760