“The upper end of the lake and the enclosing hills were enveloped in clouds. One of the distant hills seemed to rise to any considerable elevation, but the white mist resting on their summits added much to their apparent altitude and gave a peculiar charm to the scene. The pleasure which a distant scene affords when partially involved in obscurity arises from fancy. When all is limited and defined the eye soon comprehends the whole.
Hence, I am of opinion that in landscapes of the first order something should always be left for the fancy to enlarge or beautify.” (*)

William Macgillivray, naturaliste écossais du XIXe siècle, a vécu sur l'île de Lewis et Harris, à Northtown. Il a notamment écrit dans sa jeunesse le récit d'une année de découvertes naturalistes sur Harris. C'est ce récit, réédité récemment sur l'île, que nous a vendu une très pittoresque libraire de Stornoway à l'accent gaélique incroyable (imaginez un anglais très très "rugueux"). 

J'en ai extrait la phrase ci-dessus qui me plait bien. C'est certain, j'aime bien quand les nuages ou la brume masquent le paysage. Ce jour-là, nous avons été servis. Cette vallée, où le North Harris Trust a installé un magnifique observatoire pour voir les aigles, restera nimbée de mystères et c'est bien comme ça.
Avant de prendre sur le chemin du retour une bonne douche (écossaise) , un « golden eagle » nous a tout de même gratifiés d'un vol plané en travers du val, disparaissant bien vite dans les nuages et le vent, en décrivant une belle boucle à flanc de falaise. Courte mais magnifique apparition, inespérée par ce temps. Un peu plus loin, sur le fil de l'arête, au pied de ce fier piton rocheux, une discrète harde de cerf.

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Au bord du chemin, bien entendu, un lac. Plus ou moins grands, ils sont innombrables sur Lewis et Harris. L'embarras du choix pour les plongeons catmarins qui nichent dans ces eaux douces et que l'on apercevra à plusieurs reprises sur les îles de l'ouest.

Ici sur le loch Direcleit près de Tarbert, South Harris.

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Où là, près de Lockmaddy, North Uist. En vol leur cri ressemble à celui d'une oie, un peu déroutant. On n'entendra hélas pas cette fois leur chant pénétrant au bord d'un lac.

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Ecosse, Harris, dimanche 5 août 2018

William MacGillivray, A Hebridean Naturalist's journal 1817-1818 - Editions Acair-Stornoway

 (*) Que l'on pourrait traduire plus ou moins comme suit :

"L’extrémité du lac et le cirque de montagne qui l’entourait était enveloppé dans les nuages. Une des montagnes éloignée semblait monter à une altitude considérable, mais les nuées blanches accrochées à ses sommets ajoutait beaucoup à cette sensation de hauteur et donnait un charme particulier à la scène.
Le plaisir qu'une scène éloignée offre quand elle est partiellement masquée résulte de l’imaginaire. Quand tout est net et défini, l'œil embrasse vite l’ensemble de la scène. D'où, mon opinion que, dans les paysages de premier ordre, quelque chose devrait toujours être caché pour laisser l’imaginaire agrandir ou magnifier la scène."

W. MacGillivray (1796-1852) est devenu un ornithologue célèbre, professeur à l'université d'Aberdeen. Il a notamment écrit et illustré une  histoire des oiseaux anglais," A History of British Birds, Indigenous and Migratory" en 5 volumes.