Situé à 2485m d'altitude, la porte de Cristol est un col qui sépare les vallées de la Guisane et de la Clarée. En montant depuis la route du col du Granon, sous les pentes chaotiques du Grand Area, le col ouvre sur un large vallon verdoyant ou sont étagés le lac rond (2339m) et le lac de Cristol (2245m) (ici vus de la crête de Cristol, au fond, la vallée de la Clarée et le sud du massif du Thabor. Au loin, l'Italie).

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Pour aiguayer le paysage en pleine journée d'été, quelques marmottes et surtout des petits passereaux joueurs, qui surveillent et accompagnent le marcheur, le fuyant de pierre en pierre.

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Arrivé au col, on s'aperçoit avec étonnement que la pierre sur laquelle l'oiseau vient de se percher n'est pas un rocher pas comme les autres. Elle fait partie d'un mur, un mur immense qui barre le col et se prolonge de part et d'autre, vers le sommet de la Gardiole au nord et sur la crête de Cristol au sud (ci-dessous, avec le Grand Area, 2869m).

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Il faut quelques instants pour réaliser. Trop large pour avoir été créé par les bergers, pas assez haut pour offrir un réel obstacle, on ne voit pas trop sur le moment qui a bien pu créer cet ouvrage et pourquoi ?  

Redescendus dans la vallée, quelques recherches sur le web nous apprennent qu'il s'agit du mur de Berwick... Jacques Fitz-James, Duc de Berwicks (1670-1734), maréchal de France, qui fut en charge de la défense de la frontière du royaume de France contre toutes velléités du Duc de Savoye durant la guerre de succession d'Espagne. Une frontière de près de 300 km, entre Nice et le Rhône.

Quelques informations et extraits de cet étonnant document trouvé sur Gallica : La guerre des Alpes - Mémoire confidentiel présenté au roi Louis XIV par le Maréchal de Berwick en novembre 1712

Arrivé en 1709 dans les Alpes pour cette mission le Duc parcours la frontière à pied "au désespoir de son état-major".

Il fait de Briançon le centre du dispositif de défense, avec pour appui au nord, le fort de Barraux, au sud, le site de Tournoux en Ubaye. L'objectif est surveiller la frontière et de pouvoir dépêcher des forces en un temps record là où nécessaire.

Sur le col de Cristol on peut lire dans les commentaires du mémoire :

"Bon à cheval"

"En 1881 on commença les fortifications de Lenlon et de l'Olive, remplaçant les retranchements sommaires que fit élever Berwick sur la croupe des montagnes séparant les vallées de la Guisane et de la Clarée" (voir p22 du document).

Et dans le mémoire lui-même, Berwick écrit au roi Louis XIV :

"Il sera bon aussy d'avoir quelques Bataillons au Freissinet, pour la garde des cols de Genou, Longet, Cristolet (Cristol), Buffer et Chardonnet" (voir p25)

et "Pour garder le col de Cristol, il faut cent hommes en haut du col." (voir p32).

Des défenses dissuasives semble-t-il puisqu'il n'y a heureusement pas eu de bataille en ces beaux lieux, au moins à cette époque. Mais on regarde ces pierres un peu différemment en pensant aux hommes qui ont construit ces "retranchements sommaires" et tenu la frontière. A la belle saison seulement, car  "en Dauphiné la rigueur du climat ne permettait de ne "commencer la campagne que fort tard et nécessitait de la finir fort tôt" " (p5).

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La Porte de Cristol, 2483m, le sommet de la Gardiole 2753m et le mur de Berwick, toujours là 311 ans après...

 Pour terminer ce message, comme toujours, lorsque je cherche à comprendre ce que l’on rencontre chemin faisant, je passe par la Bibliothèque Dauphinoise. Etonnement, Mr Fitz-James et son mur de pierre nous conduisent, grâce à M. Barféty, à deux personnages inattendus, Aristide Albert et Henri Duhamel, ouvrant la porte à de nouvelles errances dans l'histoire du microcosme montagnard dauphinois de la passionnante fin du XIXe siècle... Voir ici le message de la Bibliothèque Dauphinoise

Dimanche 26 août 2018, Hautes-Alpes, Massif des Cerces, Porte et lac de Cristol