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Observer longuement des chamois tranquilles de loin est nettement plus satisfaisant qu'une rencontre trop proche qui se solde toujours par la fuite de l'animal. Cette fois-là, nous sommes quasiment tombés nez à museau en passant une crête. Enfin presque, 30 à 40 m, c'est nettement en dessous de la distance de fuite d'un chamois dans un vallon sauvage.

Ça n'a donc pas loupé, ce beau mâle à la corne cassée, campé sur les restes d'une coulée de neige, marque ici son inquiétude, oreilles tendues vers les intrus, position d'arrêt, poils de l'échine ébouriffé... Quelques instants et un chuintement plus tard, il dévalait la pente au galop avec des dons certains pour l'acrobatie.

Ce qui est troublant, c'est qu'il est venu à notre rencontre et s'est très ostensiblement enfui, à l'opposé de la harde qui s'avérera être présente un peu plus loin, masquée par quelques épicéas épars.

De là à en déduire qu'il a voulu faire diversion et nous attirer à ces trousses, préservant ainsi les chèvres et leurs jeunes réunis plus haut... Peut-être.

Robert Hainard et Marcel Couturier sont d'accord pour considérer que le chamois sentinelle est une légende (*). C'est le mieux placé qui donnerait l'alerte.

Celui-ci est hardi, il est venu voir de quoi il retournait, a prévenu la harde par son chuintement et a sans doute cherché à nous en détourner. 

A la réflexion, après coup, un moment incroyable !  

Finalement, la harde d'une bonne quinzaine d'individus a migré lentement sur les névés vers un ressaut dégagé de neige, puis après quelque temps a rejoint la crête pour, hélas, changer de versant. Comme la plus-part du temps, la montagne se vide au-devant des hommes.

 

Vercors, vendredi 20 mars 2019, 11h37, 1700m

(*) Mammifères sauvages d'Europe, Robert Hainard , Ed. Delachaux et Niestlé, 1987/2003

et Le gibier des montagnes française, Marcel Couturier , Ed. Arthaud, 1964