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Le buffet de la gare de Lyon, qui se nomme aujourd'hui le Train Bleu, a été créé à l'occasion de l'exposition universelle de Paris de 1900. Très richement ornés d'ors et de sculptures somptueuses, ses murs et plafonds sont surtout décorés de peintures représentant les destinations phares de la compagnie PLM (Paris, Lyon, Méditerranée). Quarante-deux peintres et autant de peintures et de destinations, tant en France qu'au Maghreb et en Italie.

Parmi ses peintures, de très célèbres et de moins connues, comme la Meije représentée par le peintre Montpelliérain Max Leenhardt. Cette peinture se trouve dans l'aile Est au plafond, à droite en rentrant. Mieux vaut éviter l'heure des repas, mais je pense qu'en demandant aux serveurs, ils peuvent vous laisser aller l'admirer. Sinon, pour mieux prendre son temps, on peut simplement boire un verre. L'addition est un peu salée, mais après tout, pas plus chère que l'entrée d'un musée (où l'on vous sert rarement une bière ou un thé...).

Si toutes ces peintures sont intéressantes (et justifieraient une monographie qui hélas ne semble pas encore exister), je me suis concentré dans ce message sur cette Meije parisienne vue depuis La Grave, qui a bien fière allure.

Le peintre a réussi à rendre la sensation de puissance de la reine des montagnes dauphinoises (conquise seulement 23 ans plus tôt, en 1877), de son sommet aux alpages qui s'étalent à ces pieds, en passant par ses glaciers qui couvraient alors totalement ses pentes. Comme dans toutes les peintures du Train Bleu, l'humanité est présente par l'intermédiaire de cette petite fille Uissane qui garde son troupeau avec sa robe rouge du plus bel effet.

Je ne connaissais pas ce peintre qui n'apparait pas dans la liste relativement réduite des peintres de montagne de la fin du XIXe siècle. C'est grâce à Isabelle Laborie, historienne de l'art qui travaille depuis des années sur cet artiste et qui vient de soutenir une thèse sur le sujet, que l'on en sait un peu plus sur M. Leenhardt (voir le lien vers son site en fin de message).

Ce qui est surprenant dans la liste de ses œuvres, c'est que la Meije semble être la seule montagne alpine peinte par l'artiste. Une étonnante maîtrise du sujet de la part de Max Leenhardt (voir pour comparaison une image récente prise d'un peu plus haut, sur l'excellent site Alpimages).

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Au sujet d’une peinture exécutée quelques années plus tôt par Leenhardt, "Prêche au Désert ou Les héros de la liberté de conscience" terminée en 1897, Isabelle Laborie a écrit un article instructif sur la méticulosité et le souci du réalisme qui animait le peintre. Cet article, réalisé en réponse aux interrogations de Maurice Mattauer, géologue émérite qui avait noté le réalisme de la représentation de la roche dans ce tableau, permet de comprendre le soin et les nombreuses recherches effectuées par le peintre pour la réalisation de son œuvre. Il identifie également le lieu et les roches ayant servi de modèle pour ce tableau.

En revenant à « La Meije », on peut donc se poser légitimement plusieurs questions. Pourquoi Max Leenhardt a-t-il été retenu pour peindre ce sujet alors qu'il n'avait que peu d'expérience "alpine" ? Ce tableau a-t-il été peint sur le motif et fait l'objet d'un ou de plusieurs voyages à la Grave? A-t-il nécessité des recherches approfondies ?

Je n'ai pas encore trouvé les réponses, n'hésitez pas à m'écrire si vous en savez plus (lien dans "à propos").

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Pour conclure ce message, provisoirement j'espère, ce qui pour moi est le plus touchant dans cette représentation de la Meije, c'est cette petite fille et son geste envers sa brebis que Max Leenhardt a si bien su représenter, rendant ici la célèbre montagne à tous les montagnards qui vivent sur ses rudes flancs.

Paris, Gare de Lyon, Le Train Bleu. Dimanche 29 septembre 2019

A voir ici, le site d’Isabelle Laborie consacré à Max Leenhardt