20_03_29_DSC_3953rm

C’est dans la cuisine que l’on s’est croisés.

Oh une salticide dis-je, oh un Homo sapiens, dit-elle.

Ni une ni deux, l’occasion était trop belle, je la pris sur mon doigt pour la confiner quelques instants dans un verre.

Eh mais ça va pas protesta-t-elle en sautant ici ou là. Je lui expliquais alors que moi aussi j’étais confiné, et qu’il fallait bien que je m’occupasse. Je lui proposais une petite séance photo, un quart d’heure pas plus.

Elle fit contre mauvaise fortune bon cœur et ne dit mot. Elle pensa sans doute que si je ne l’avais pas encore écrasée, comme hélas il arrive si souvent à ses congénères, c’est peut-être que certains humains ont tout de même un bon fond.

Le temps de sortir le matériel, je libérais mon invitée sur une petite pierre ramenée quelques mois auparavant de la montagne, composée de gneiss, de quartz et de traces d’épidotes.

Elle en fit bien vite le tour et se cala promptement dans une minuscule cavité du plus bel effet, aux parois ornées de microcristaux blancs et verts.

C’est là que je pu enfin la regarder dans les yeux avec mon objectif macro (la bête doit mesurer dans les 2mm à tout casser). Mais las, son regard était sombre, non pas en raison de son humeur, quoi que je n'en su rien, mais à cause de la lumière qui manquait.

Pas le temps de sortir le flash qui de toute façon aurait été trop compliqué à utiliser ici, il me fallait trouver une idée lumineuse. Je priais la belle de bien vouloir m’attendre et courrais chercher ma frontale. Après quelques tâtonnements, j’arrivais à éclairer l’intérieure de la cavité par un étroit boyau annexe qui trouait la paroi juste au bon endroit, à quelques centimètres de la grotte principale.

Tout était en place, l’araignée alors un peu cachée avança de quelques dixièmes de millimètres pour arriver dans la lumière. Quelques images plus tard, le quart d’heure passé, je la libérais en la remerciant grandement. Elle ne s’embarrassa pas de grand discours et disparu sur le champ sans même me dire au revoir…ce qui ne m’étonna point en fait !

Voilà, toute l’histoire de cette image d’un dimanche confiné. Une petite histoire pour se changer les idées.

 

Dimanche 29 mars 2020, Seyssinet-Pariset, Araignée sauteuse, de la famille des Salticidae. Heliophanus tribulosus Simon, 1868

Courage à tous, confinés, actifs et surtout soignants que l’on n’admirera jamais assez. Quant à la nature, petite ou grande, elle est toujours là pour nous aider.