Manque de temps ce jour-là, pas le courage de se lever tôt, trop chaud, canicule, rendez-vous... Les nuages enveloppaient les sommets, chaleur humide, air nébuleux...

Sans trop y croire, toute petite balade au bord des nuages dans ce vallon sauvage fréquenté par les chamois en hiver. Savoir s'ils sont là aussi en été ?

Chance, je n'y trouverais que ce beau mâle solitaire passant d'une zone d'herbe à une autre dans la falaise striée, des marnes de Narbone. Entendu des pierres voler, bien avant de l'apercevoir.

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Je m'assoie un moment pour le regarder. Quelles cornes ! Il est fier, ne me jette pas un regard. Pourtant il sait bien que je suis là. Forcément.

Sur le bord du chemin, un papillon. Un beau Grand Nacré prend lui aussi son temps sur les chardons en fleurs. Gracieux, son décollage est une danse que notre œil ne sait pas voir. Léger, le chardon n'oscille même pas.

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Tiens, un papillon, un chamois. Un roi ?

C'est à croire qu'ils se sont donné le mot pour me faire relire un beau petit livre, lu il y a longtemps à la bibliothèque, finalement acheté il y a quelques mois à un bouquiniste des quais de Saône, à Lyon (trop bien ça!).

Erri De Lucas bien sûr!  Le poids du Papillon, l'histoire d'un vieux chamois, d'un vieux braconnier et ... d'un papillon (blanc celui-là).

"Il donna un coup de patte dans une pierre et l’envoya cogner loin au-dessus des éboulis escarpés. Le choc fit rouler une petite salve de cailloux. Au bout de la pente, l’homme se tourna pour la repérer plus haut, pour remonter à la bête qui l’avait déclenchée. Il regarda du mauvais côté. Dans l’ombre, le roi des chamois se moquait de lui depuis des années."

 Erri De Lucas, Le poids du papillon, ed. Gallimard, p18.

 

Samedi 24 juin 2017, Chartreuse, 1300 m, 10h env.