On ne se lasse pas à regarder cette montagne, et ça ne date pas d'hier. Haut lieu de l'alpinisme puis du tourisme Dauphinois, elle a aussi attiré les peintres (tardivement comme nous l'a montré M. Barféty lors de sa conférence en novembre dernier, mais abondamment ensuite).

Cela faisait longtemps que j'avais envie de m'arrêter voir se pont Maurian, ou comme beaucoup on ne fait que passer, pressé vers d'autres destinations. Pourtant, le point de vue est pas mal, le tableau de Charles Bertier m'avait attiré lors d'une visite à la galerie Vaujany, à Grenoble.

Alors lors de notre dernier passage en fin d'année, nous nous sommes arrêtés quelques minutes. Angle de vue, focale et lumière diffèrent mais peu importe, l'artiste était là, ou pas bien loin... 

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L'occasion d'admirer son sens de la proportion et son don pour magnifier le relief, Meije conquérante, un peu plus isolée dans le ciel, vallon plus escarpé, plus dramatique. A moins qu'on ne l'ait aplani depuis, ce qui est possible.

On devine sur la photo le replat du sentier muletier qui montait vers les hameaux de la Grave, vers le Chazelet. La route passe désormais en contre-bas et la falaise a été terrassée pour l'occasion (cliquez sur les images pour les agrandir)

Si l'entrée du tunnel a perdu son parvis de pierre maçonnée pour un soutènement en béton armé (sans doute suite à l'élargissement du tunnel), le pont Maurian et lui toujours là, peut-être élargi lui aussi. Le Maurian, c'est le nom du torrent qui, descendant du lac du Goléon, a creusé patiemment ce vallon.

Charles Bertier (1860-1924) fait partie de ces peintres Dauphinois qui ont superbement illustrés les massifs montagneux de la région. Elève de l’abbé Guétal (qui l’a ouvert à la montagne) et de Jean Achard, il s’est engagé pour faire mieux connaitre les massifs Dauphinois et leurs beautés.

Un vrai régal pour les yeux, à voir au musée de Peinture de Grenoble et à la galerie Vaujany (ou à Paris, au train Bleu, Gare de Lyon).

 

Charles Bertier - La Meije et le pont Maurian à la grave (Hautes-Alpes) et,
La Grave, samedi 31.12.2016.
Pas loin de 100 ans entre ces deux images, puisque M. Vaujany signale un achat du tableau en 1919.


Ici un article intéressant sur ce peintre dans "La Bibliothèque Dauphinoise",

Un superbe article de Maurice Wantellet et l’illustration de couverture dans « Deux siècles et plus de peinture Dauphinoise, 1994 ». Disponible à la bibliothèque Centre Ville de Grenoble ou à la Bibliothèque d'Etude.

Ajout du 27.01.2016 : Un passage par la lecture du livre de Bernard Amouretti " Les hommes de la route" nous apprend que les ingénieurs des Ponts et Chaussées auraient voulu construire le pont Maurian dès 1849, mais la crise économique de 1848 ne l'a pas permis. Ce ne sera qu'après l'unification de l'Italie et le rattachement de la Savoie à la France en 1860 que l'intérêt des échanges avec l'Italie renaissent. Les ingénieurs des Ponts et Chaussés reçoivent les crédits nécessaires pour combler peu à peu les lacunes de la route.... "tel le pont Maurian ... qui permet de franchir un passage jusque-là très dangereux". Je n'ai pas trouvé la date de construction, mais peut-être entre 1860 et 1863, date de la construction du refuge du col du Lautaret ?